D-Incubator : comment le startups gèrent la sortie de l’incubateur et accélèrent

Les débuts et le lancement

Jeremy Bismuth : Avec Edouard, nous nous sommes rencontrés au cabinet Mazars, une grosse boîte française d’audit et de commissariat aux comptes. Nous étions dans une équipe qui n’avait rien à voir avec ce métier là. On était dans une équipe d’une soixantaine de collaborateurs spécialisés dans le conseil financier, que ce soit pour les acquisitions, les fusions, les sociétés en redressement, … Nous avons travaillé deux ans ensemble. On a appris à se connaître dans un cadre purement professionnel. On ne se voyait jamais en dehors du bureau. Pourtant, plusieurs fois, nous avons eu l’occasion de partager des idées de business.

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En janvier 2013, Edouard est venu me voir avec une de ses idées qui était assez proche du modèle de Doctolib mais, en creusant, il s’est vite rendu compte qu’il y avait déjà beaucoup d’acteurs sur ce marché. Puis à l’été 2013, à la Défense dans une grande tour au 14ème étage, les patrons ne sont plus là, on est « déguisés » en costume cravate, on n’a pas énormément de boulot. On prend un café et Edouard me dit : « qu’est ce que tu penses d’une plateforme de location de bateaux entre particuliers ? » Le constat de départ que l’on a fait avec Edouard, était très simple. Baladez-vous un 15 août sur un port ou un ponton, date à laquelle la plaisance est censée battre son plein avec énormément de navigation et de touristes et pourtant les ports sont pleins !

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Edouard Gorioux : Un bateau est peu utilisé en France. Il y a des chiffres officiels qui sont édités chaque année par la Fédération des Industries Nautiques, et qui précisent qu’un bateau sort moins de 10 jours par an en moyenne par utilisateur. En contrepartie, ce même bateau coûte très cher à son propriétaire : assurance, entretien, changement de pièce, … C’est donc un produit qui a un ratio coût / utilisation qui est très en défaveur par rapport au propriétaire. Quand on constate ce qu’il se passe dans l’économie du partage que ce soit sur l’appartement ou sur la voiture, le bateau a un super profil. On ne s’en sert pas beaucoup.

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On y est plus ou moins attaché et on a une capacité de rentabilité et de rendement qui est très forte. Quand vous avez une journée de voiture sur Drivy à 30 € en moyenne, sur Click & Boat on est plutôt à 400 € la journée en moyenne pour un bateau. Il suffit donc de louer une dizaine de journée par an son bateau pour le rentabiliser.A côté de ça, vous allez avoir des centaines de milliers de personnes qui, en été, aimeraient bien naviguer mais qui n’ont pas forcément les moyens d’avoir un bateau. Il nous est donc apparu logique de mettre en relation les propriétaires et les personnes qui avaient envie de louer un bateau occasionnellement.

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Alexandre Bruneau : L’idée de Koober est venue très simplement. A l’époque, un de mes associés, Alexandre Mulliez, réalisait beaucoup de résumés de livres qu’il lisait et on s’est rendu compte que nos amis en étaient friands. Ils en redemandaient car ça leur permettait de gagner un temps précieux. On a donc décidé d’industrialiser un peu le process car on s’est dit qu’il y avait une vraie opportunité. On s’est rendu compte rapidement que le manque de temps pour lire les livres était finalement un problème que rencontraient beaucoup de personnes.

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François Desroziers : On a eu l’idée de Spear avec un ami d’enfance, Nicolas Dabbaghian, alors que nous étions encore étudiants. On était un peu des enfants de la crise et on se posait vraiment la question de la transparence au niveau de l’épargne, de la finance. C’est de cette manière que nous avons eu envie de créer une plateforme de crowdfunding qui pourrait permettre à des épargnants d’avoir une totale transparence de leur argent et de pouvoir choisir le ou les projets qu’ils allaient soutenir par leur épargne. De l’autre côté, nous avions fait le constat que des projets qui avaient un impact social ou environnemental n’avaient pas forcément d’incitation à exister car financièrement trop risqués.

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« A l’été 2013, à la Défense dans une grande tour au 14ème étage, les patrons ne sont plus là, on est « déguisés » en costume cravate, on n’a pas énormément de boulot. On prend un café et Edouard me dit : « qu’est ce que tu penses d’une plateforme de location de bateaux entre particuliers ? » »

Le pitch

Edouard Gorioux : Click & Boat, c’est un peu le Airbnb du bateau. C’est une plateforme qui connecte des propriétaires de bateaux avec des potentiels locataires. C’est une plateforme que nous avons créée en décembre 2013. Nous avons aujourd’hui à peu près 40 000 membres, 3 500 propriétaires de bateaux. Nous sommes présents en France et nous nous lançons en Espagne, en Italie, en Grèce, en Croatie et en Turquie. C’est gratuit pour les propriétaires pour déposer une annonce. On se rémunère avec une commission qui est prélevée lors de la transaction et qui est de 13,5%.

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Alexandre Bruneau : Koober, c’est une plateforme qui propose des centaines de résumés des meilleurs livres de non fiction. Ce point est important. On ne propose pas de résumé des romans ou de littérature. On propose des résumés de livres qui sont orientés contenu, les livres que nous lisons pour apprendre des choses comme par exemple des livres de business, des biographies, des livres d’actualités, de politique, … Notre métier, c’est à la fois de compresser les livres dans des résumés qui peuvent être lus en moins de 20 minutes mais aussi de sélectionner les meilleurs livres. Notre offre est surtout adressée aux entrepreneurs. On permet aux gens d’être plus efficaces, plus productifs mais aussi plus cultivés en lisant des livres sans avoir à les lire.

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François Desroziers : Spear est une coopérative de crowdfunding solidaire qui permet d’un côté à des épargnants d’avoir une totale transparence de leur argent et de l’autre à des porteurs de projets responsables d’obtenir des financements avantageux.

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« On permet aux gens d’être plus efficaces, plus productifs mais aussi plus cultivés en lisant des livres sans avoir à les lire. »

Le bilan de l’incubation au D-Incubator

François Desroziers : Souvent quand on monte une startup ou une entreprise, on est finalement assez seul face à des problématiques très diverses. Quelle est la marche à suivre quand on embauche quelqu’un ? Quelle est la procédure à respecter quand on noue un partenariat stratégique avec un acteur existant sur le marché depuis 50 ans ? … Ce sont des questions qui nécessitent à chaque fois des compétences très pointues. Et une startup n’a pas forcément les moyens de se les payer. Ce qui est donc très bénéfique dans un incubateur comme D-Incubator, c’est d’avoir le retour d’expérience d’autres startups qui sont passées par là au préalable mais aussi d’avoir un mentor qui, sur des axes stratégiques de développement, peut apporter son expérience et son réseau.

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Alexandre Bruneau : Quand on est seul, les idées, on a tendance à les tourner et les retourner dans notre esprit mais il n’y a pas d’idées fraîches qui sortent. Plus on confronte son idée plus on va avoir un apport qui va permettre de prendre les bonnes décisions. C’est vraiment cette émulation qui nous a permis d’avancer plus vite qu’on aurait pu l’imaginer. Confronter ses problématiques, c’est très sain. Il faut savoir se remettre en question. Le fait d’être à l’incubateur de Dauphine nous a vraiment permis de rentrer au NUMA. Ça a été une vraie passerelle. Il y a un an et demi, quand on a commencé à travailler pour rentrer à l’incubateur, nous nous sommes mis dans une dynamique de pitch.

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Jeremy Bismuth : Le sentiment que nous avons avec Edouard et avec la petite partie de l’équipe qui était au D-Incubator, c’est d’avoir profité d’une dynamique envoyée grâce à un lieu où co-existent différentes cultures. Il y a d’un côté, le coeur de l’incubateur avec ses startups incubées, c’est à dire plus d’une dizaine de boîtes qui partagent et échangent autour d’ateliers, de formations, de dîners, … De l’autre côté, il y a une autre dynamique qui est très spécifique à D-Incubator, et qui est liée au fait d’être dans une université. Ce sont des milliers d’étudiants de toutes nationalités qui entrent et qui sortent tous les jours, ce qui permet d’avoir des échanges assez fantastiques et de pouvoir tester beaucoup de choses.

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Le véritable apport que l’on a eu donc, c’est cet échange, cette culture, cette dynamique qui, dans des moments parfois un peu compliqués et il y en a beaucoup dans la vie d’un entrepreneur, permet de relativiser, prendre du recul et se rassurer. Si on avait été isolé, peut-être dans des bureaux plus classiques, un appartement ou le salon de l’un des cofondateurs, on aurait été plus seuls et on aurait avancé moins vite. Mais ce n’est pas simple de quitter un incubateur et encore moins celui de Dauphine car on s’y sentait très bien. C’est assez comparable au moment où on quitte ses parents pour aller s’installer en studio.

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Edouard Gorioux : Ce qui est génial avec le D-Incubator, c’est que la période d’incubation proposée est suffisamment longue pour voir si le projet va continuer. C’est tout simplement fondamental ! Quand on lance un projet de startup, il y a toujours un risque. Un risque que le projet ne prenne pas. Un risque qu’il n’y ait pas le financement nécessaire. Un risque que les attentes des utilisateurs ne soient pas celles que propose la plateforme, … Cette période d’incubation d’un an à l’incubateur de Dauphine, nous a donc permis de faire notre preuve du concept. C’est fondamental pour sortir plus fort de l’incubateur que quand on arrive. Quand on entre l’incubateur, on est encore fragiles. On vient juste de se lancer. On a pas forcément encore beaucoup de clients et de financement.

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L’intérêt de l’incubation, c’est donc d’être arrivé à un stade de maturité qui nous permet, soit d’avoir le financement nécéssaire, soit de générer suffisamment de chiffre d’affaires pour pouvoir voler de ses propres ailes. Nous, quand on est sorti de l’incubateur de Dauphine, nous étions suffisamment matures pour pouvoir voler de nos propres ailes et pouvoir prendre des bureaux et agrandir l’équipe. C’est l’une des sorties possibles. D’autres s’orientent vers un accélérateur. Et d’autres enfin décident d’arrêter car c’est une éventualité également. Tous les projets ne fonctionnent pas !

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«Ce qui est génial avec le D-Incubator, c’est que la période d’incubation proposée est suffisamment longue pour voir si le projet va continuer. C’est tout simplement fondamental ! »

L’après incubateur

François Desroziers : Quand on est sorti de D-Incubator, Spear fonctionnait. On avait un certain nombre de projets et un volume de collecte. On a connu cette croissance là sur toutes les années suivantes. On a également fait le choix de monter d’autres entreprises puisqu’on aime cette aventure entrepreneuriale du début. Je pense que cela est très en lien avec l’incubateur. Il nous a donné une expertise sur le lancement d’une startup. C’est une aventure très plaisante. Le fait de l’avoir fait une fois donne souvent envie de le faire une seconde et pourquoi pas une troisième.

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Aujourd’hui, j’ai intégré le prestigieux jury de sélection de l’incubateur de Dauphine qui consiste à recevoir des startupers à leurs débuts, d’évaluer leur projet et de les challenger pour définir s’ils vont passer ou non par l’incubateur. Je joue également le rôle de mentor sur certains projets pour leur apporter des conseils, les aider, les mettre en relation avec certaines personnes, … C’est toujours très intéressant de voir les nouvelles idées, les nouvelles tendances. Ça permet de prendre la température de l’écosystème startup. On a un autre rôle. On donne plus que l’on prend. Mais c’est toujours très intéressant de voir des startups à leurs débuts. Il y a un dynamisme très énergisant. Sortir de l’incubateur, c’est une chose importante. C’est un saut vers l’inconnu. C’est bien entendu impressionnant mais c’est aussi très agréable : « ça y est on est des grands ! » . C’est donc très important de rendre un peu à l’incubateur ce qu’il nous a donné.

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« On a un autre rôle. On donne plus que l’on prend. Mais c’est toujours très intéressant de voir des startups à leurs débuts. Il y a un dynamisme très énergisant.»

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