Incubateur de TF1 : comment le groupe se réinvente avec son programme d’incubation

En 2016, la direction de l’innovation du groupe TF1 a lancé son incubateur de startups sur le thème «nouveaux produits et services». A travers ce programme d’incubation, l’objectif de TF1 est de collaborer avec des startups pour explorer de nouveaux marchés et découvrir de nouveaux business models en ouvrant l’accès à tous les métiers du groupe. Au moment où la saison 1 se termine et où TF1 lance officiellement sa saison n°2 en partenariat avec le NUMA, StartupBegins vous raconte l’histoire de cette première saison.

Startups incubées

Nunki
Glory4gamers
Lucette
Flamefy
Gaminho
MyHobbyBox
Tiltology
Beyable

TF1

TF1 explore de nouveaux business pour se réinventer

Guillaume Esmiol : Au sein de la direction de l’innovation et digitale de TF1, j’ai en charge les nouveaux business digitaux ainsi que la démarche d’Open Innovation. TF1 s’attache à trouver de nouveaux business pour se réinventer. Cela fait partie de notre stratégie de transformation numérique du groupe. Au delà de nos activités historiques, il nous faut trouver de nouvelles lignes de revenus sur des activités qui n’existent pas à date et que nous devons développer. Sur notre démarche d’Open Innovation, l’idée c’est de profiter de la créativité externe avec des startups, des écoles, des accélérateurs … mais également sur la créativité interne pour faire émerger de nouveaux business, de nouveaux produits et services. Si TF1 ne se réinvente pas, ne trouve pas d’autres pistes de business, il y a un risque pour le groupe de décroître lentement. L’idée c’est donc de prendre les devants, de se réinventer dès aujourd’hui. Il est important de sauvegarder nos points forts à savoir notre métier historique, les contenus, mais également de trouver d’autres pistes de développement.

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Cyril Chomette : Un grand groupe n’a pas la réactivité d’une startup. Ça fait partie du jeu. Nous, les startups, nous avons besoin de travailler avec les grands groupes que ce soit des médias ou des groupes industriels. De l’autre côté, un groupe comme TF1 a besoin d’apprendre vite et de pouvoir expérimenter sur certains marchés en cours de naissance comme c’est le cas pour l’e-sport. C’est une discipline encore très jeune. Une startup qui va pouvoir prendre des risques, potentiellement créer un produit et tout casser s’il le faut pour recommencer le lendemain, c’est quelque chose qu’un grand groupe comme TF1 ne peut pas faire avec la même agilité qu’une startup.

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Julien Lecornu : Ce sont des marchés émergents. On ne peut pas être sûrs que ça va prendre. On se lance dedans parce qu’on y croit. Maintenant, on ne peut pas être sûr du résultat. Le fait de s’appuyer sur des startups qui sont très agiles, qui connaissent déjà ce secteur, est un vrai avantage pour notre groupe. C’est donc un système gagnant-gagnant car eux nous apportent leur connaissance de ce marché quand nous leur apportons la puissance du groupe TF1, son bagage juridique … Quand ils arrivent, ils ont déjà travaillé depuis un ou deux ans sur leur projet. Ils savent comment ça fonctionne et ils savent comment aller directement là où nous souhaitons aller.

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Maxime Lebufnoir : Je pense que TF1 à tout intérêt à travailler avec des startups car finalement ça lui permet de se mettre à jour. Ça permet de voir ce qui se fait, de travailler avec des personnes qui ont une autre vision, une autre façon de progresser. Dans une structure comme TF1 où il y a 1 600 salariés, qui n’ont pas tous entre 20 et 30 ans, ça nous permet de rajeunir et d’innover. Il y a des gens qui réfléchissent différemment, parfois mieux et il faut travailler avec ces personnes là. Le partenariat que nous avons mis en place avec Nunki en est le parfait exemple.

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«Dans une structure comme TF1 où il y a plus de 1 600 salariés, qui n’ont pas tous entre 20 et 30 ans, ça nous permet de rajeunir et d’innover. »

Les doutes avant l’incubation

Anne-Laure de Belloy : Au départ, j’étais, je dois le reconnaître, un peu inquiète car c’est une grande responsabilité d’avoir de la data assez intime sur ses utilisatrices. C’est toujours assez stressant de partager un peu de cette donnée avec qui que ce soit. Il faut être honnête. Quand on s’approche d’un grand groupe comme TF1, on arrive avec des a priori, qu’ils soient bons ou mauvais. Moi, vis à vis du monde de la télévision, j’avais une vision de personnes un poil arrogantes dans un groupe procédurier, avec des cycles de décisions lourds. J’ai été agréablement surprise par l’humilité des équipes de TF1 qui ont fait preuve d’une grand curiosité et d’une envie d’apprendre avec nous en testant de nouveaux concepts. J’ai vraiment beaucoup apprécié l’ouverture d’esprit chez TF1 qui était à l’extrême opposé de l’image que j’en avais.

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Guilaine Leboeuf : Quand on voit un grand groupe comme TF1 arriver et que l’on est une startup, on a peur. On a peur que le gros groupe puise toute la data, par exemple pour Lucette. On a peur que le groupe s’empare de tout le savoir-faire qui a été développé. On a peur que le groupe court-circuite toute la communication que la startup a commencé à mettre en place. Il y a donc de la défiance et c’est bien naturel. Avec Anne-Laure et Alban, les fondateurs de Lucette, ce sont les différentes réunions et notre manière d’approcher le produit, d’apprendre à se faire confiance, qui ont permis de dépasser ces premières craintes qu’ils pouvaient avoir.

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Pierre Renaldo : Ce que l’on a perçu au départ chez Anne-Laure, c’était la crainte que TF1 aille chercher la substantifique moelle de son business et que, derrière, elle ne puisse plus monétiser, comme elle le faisait et comme elle le fait avec sa régie, son coeur d’offre et en terme publicitaire ou en terme de dispositif d’opérations spéciales. Cette relation de confiance qui avait été créée à l’initiale entre Florence, Anne Laure et Guilaine a été vraiment un gros avantage. Au moment où l’équipe data exposait le principe de ce qu’on allait vouloir aller chercher chez elle, où les questions commençaient à se faire jour avec les craintes du côté de Lucette, Guilaine et Florence ont su rassurer en traduisant un partie du jargon de l’équipe data et en assurant que tout cela serait encadré, surveillé et tracé. Ce travail a permis à la startup d’être rassurée.

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Quentin Lhomme : De mon côté, j’avais déjà travaillé en tant que stagiaire chez TF1. C’est un groupe que je connaissais de l’intérieur. Je n’avais aucune inquiétude sur le fait que TF1 s’accapare notre technologie, notre savoir-faire, etc … C’est trop technique et ça demande trop de temps. Mon inquiétude, et c’est pour cette raison que j’ai candidaté au dernier moment, c’est qu’ils nous prennent trop de temps. J’avais peur que cette collaboration soit trop chronophage et que les projets n’aboutissent jamais. C’était mon inquiétude et elle s’est révélée complètement fausse.

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«Quand on voit un grand groupe comme TF1 arriver et que l’on est une startup, on a peur. Il y a donc de la défiance et c’est bien naturel. »

Une année d’incubation chez TF1

Guillaume Esmiol : Dans notre démarche d’Open Innovation, nous avons mis en place, il y a un peu plus d’un an, un programme d’incubation. Nous l’avons mis en place pour bénéficier de la créativité de l’écosystème startup. La promesse de ce programme est très simple : nous nous donnons un an pour monter des partenariats industriels avec les startups. L’objectif c’est d’échanger et avancer avec elles. Nous sommes également là pour les challenger. L’intérêt pour TF1 d’avoir un programme d’incubation de startups, c’est avant tout de tester de nouveaux marchés et d’identifier de nouvelles lignes de business qui ne sont pas naturellement dans les radars de TF1. Le deuxième objectif, c’est de confronter nos collaborateurs à des méthodes startups. Elles ont vraiment d’autres façons de travailler. Elles sont plus réactives.

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Il y a vraiment une relation gagnant / gagnant. De notre côté, nous les cadrons un peu mieux dans leur réflexion grâce à nos différents process. Nous les confrontons à nos métiers. Il y a beaucoup de métiers différents chez TF1, de la programmation d’antenne jusqu’à la production de contenus en passant pas l’information, la pub, le téléshopping, la data … Quand on les confronte à ces métiers, souvent ils réalisent que tout n’est pas exactement comme ils l’imaginaient. A l’inverse, avancer avec des startups nous challenge énormément dans notre façon de travailler. Quand on fait le bilan au bout d’un an, on se rend compte que l’on a fait des choses que l’on ne pensait pas possibles il y a un an. On a fait tomber certaines barrières et limites que l’on se fixait à nous mêmes.

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Cyril Chomette : L’incubation permet d’inscrire la relation entre la startup et TF1 dans la durée. Quand nous les startups, nous avons besoin que les choses aillent très vite, le grand groupe n’a pas lui cette agilité et cette capacité a itérer rapidement. Très concrètement, chez TF1, j’ai rencontré énormément de monde dans les différentes divisions. Ca m’a permis de mieux comprendre comment fonctionne un grand groupe média comme TF1. Ça a permis à TF1 de mieux comprendre comment fonctionne une startup comme la nôtre sur un marché, de son point de vue niche, qu’elle cherche à comprendre mais qui reste quand même assez compliqué. Ce que j’ai trouvé chez TF1, c’est uniquement des personnes avec beaucoup de bienveillance à notre égard avec une réelle envie d’avancer et de construire ensemble. On a mis en place cette première Xtracup qui a très bien fonctionné. C’est un tournoi qui a commencé par des phases qualificatives en ligne. On a battu le nombre mondial de participants sur un tournoi par arborescence. On a terminé par des finales qui se sont jouées dans notre studio avec les 16 meilleurs joueurs. Ce qui est génial, c’est que le grand gagnant et le numéro 3 sont des joueurs qui sont venus des qualifications. Ils n’étaient pas des joueurs professionnels. Ça fait une jolie histoire qui va vraiment dans le sens de ce que nous faisons.

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Guillaume Esmiol : Il s’agit de notre première saison d’incubation donc nous y sommes allés avec beaucoup d’humilité. Nous sommes un grand groupe et pas forcément experts des méthodologie des startups. C’est pour cette raison que nous nous faisons accompagner par un partenaire qui, pour la deuxième saison, sera le NUMA. En revanche, nous sommes experts sur nos métiers coeur business. La crainte que pouvaient avoir certaines startups, c’était de savoir si TF1, en échange de cette expertise et de cette incubation, allait demander une part du capital de la startup. C’est clairement quelque chose que l’on ne fait pas. On est vraiment dans une ambition de collaboration. Nous sommes là pour accompagner les startups et enclencher des partenariats réels et utiles pour des métiers de TF1.

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Le but, ce n’est pas de fermer des marchés aux startups. Notre but, c’est de les accompagner et les aider à faire mieux. Nous n’imposons aucune exclusivité de collaboration avec TF1 à la startup. Bien au contraire. Nous essayons de les faire bénéficier de notre réseau. Par exemple, TF1 était partenaire de la première édition de Vivatech. Nous avons exposé toutes nos startups pour qu’elles puissent bénéficier d’une belle visibilité et échanger avec tous les autres responsables innovation de tous les autres groupes qui étaient présents sur ce salon.

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Julien Lerconu : Ce qui m’intéresse quand on travaille avec des startups, c’est aussi d’avoir un regard un peu nouveau et extérieur par rapport à ce que l’on fait. C’est vraiment ce qui m’a le plus intéressé dans cette collaboration avec Glory4gamers. Avec eux, tout va très vite. Quand ils ont une idée, ils peuvent la mettre en place très rapidement. Nous, de notre côté, nous avons un quotidien. On ne gère pas que du e-sport. Nous n’avons donc pas la même disponibilité qu’eux. De leur côté, c’est un véritable challenge car ils ont souvent lancé plein de petits projets en mode test. Là ils passent dans une autre catégorie. Il faut voir dans des conditions réelles, avec un vrai plan de communication, avec une grosse charge, s’ils peuvent tenir la pression. En l’occurence, ça les a motivés encore plus. Cyril était très sûr de lui sur leur capacité à délivrer. Pour nous, c’est très rassurant de travailler avec des équipes comme ça.

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Maxime Lebufnoir : De son côté, l’équipe de Nunki a été très à l’écoute de nos besoins. Ils récupéraient toutes les informations nécessaires de la part des journalistes. J’étais en charge du développement de l’outil au sein de la rédaction. On a nommé des super utilisateurs qui avaient pour objectif d’utiliser au maximum la plateforme au moment clef et ensuite d’évangéliser au sein de la rédaction dans leur équipe. Les choses ont, bien entendu, mis un peu de temps à se caler mais très vite, les journalistes ont commencé à jouer avec. Le vrai côté positif, c’est quand j’ai entendu dire que des journalistes utilisaient la plateforme sans même qu’on les ait incités.

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« Nous sommes là pour accompagner les startups et enclencher des partenariats réels et utiles pour des métiers de TF1. »

Bilan de la saison 1

Guillaume Esmiol : Le bilant est extrêmement positif. Il est, en toute honnêteté, au delà de nos espérances. Nous avons avancé très prudemment sur cette première saison. Le retour des startups est également très positif. Les collaborations avec les métiers TF1 se sont très bien déroulées. Un autre retour qui revient souvent de la part des startups, c’est la légitimité que leur a apporté le label TF1. Si TF1 s’intéresse à elles, c’est que ce sont des entreprises sérieuses. De notre côté, en interne, tous les sponsors métiers sont ravis de cette première saison. Il y a même des collaborations qui vont perdurer dans le temps après la fin de l’incubation. On sent que cela fait partie de nos moyens de transformation numérique du groupe. On dit souvent qu’il faut être plus agile, plus innovant … C’est toujours plus difficile de le faire quand on reste en vase clos. Quand on s’appuie sur des gens de l’extérieur, et en particulier les startups, c’est beaucoup plus facile.

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Cyril Chomette : Pour être franc, je n’ai même pas conscience de la fin de l’incubation. J’ai le sentiment que la collaboration que l’on a commencée à mettre en place va finalement continuer à grandir dans le temps et que la fin de cette incubation va être complètement transparente pour nous.

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Quentin Lhomme : J’ai trouvé que sur cette collaboration, il y avait une relation win-win. TF1 ne nous a jamais imposé une exclusivité. Ils nous ont vraiment aidé à mettre le pied à l’étrier, à co-construire un produit qui correspond aux réels besoins de la rédaction de TF1 et des rédactions en règle générale. TF1 nous a aidé à franchir ce premier palier toujours un peu délicat pour les startups.

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« TF1 nous a aidé à franchir ce premier palier toujours un peu délicat pour les startups. »

Saison 2 à venir

Guillaume Esmiol : On a fait ce programme avec beaucoup de prudence et d’humilité car on ne savait pas réellement où cela pouvait nous mener. On savait qu’on allait apprendre en marchant. Ce qui est vraiment très intéressant à observer, c’est qu’après quelques semaines d’ajustements, de vraies synergies se sont créées entre certains métiers de TF1 et les startups. Pour certaines startups, les choses se sont mises en place très rapidement. D’autres ont mis plus de temps. Certaines d’entre elles n’ont transformé qu’à la fin du programme, c’est à dire au bout d’un an. On est très attentifs au feedback des startups de la saison 1 pour améliorer la saison 2. Nous allons renforcer notre accompagnement et mettre en place des ateliers dédiés pour faire des points d’étapes et si les choses se passent moins bien qu’on ne peut l’espérer avec certaines startups, nous n’hésiterons pas à retravailler complètement les pistes de collaboration avec les startups en question.

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« On a fait ce programme avec beaucoup de prudence et d’humilité car on ne savait pas réellement ou cela pouvait nous emmener. »

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