Jam : l’assistant virtuel SMS que les étudiants ont toujours rêvé d’avoir

Les débuts et le lancement

Marjolaine Grondin : J’ai eu la chance d’étudier dans pas mal d’écoles et d’universités en France et à l’étranger et, à chaque fois que j’allais dans un nouveau campus, j’avais les mêmes problèmes : trouver un appart, trouver un stage, donner des cours particuliers de français sans avoir à imprimer son petit A4 et mettre ses numéros de téléphone, trouver un covoiturage pour le weekend sans avoir peur de qui on va trouver dans la voiture, trouver des manuels scolaires qui ne coutent pas 100 $, … Au fur et à mesure de mes expériences, j’ai discuté avec des étudiants un peu partout dans le monde et j’ai réalisé que le problème était le même pour tout le monde. Le premier point de friction qui nous a intéressé, c’était le partage de cartons de déménagement entre étudiants. On déménage tous au même moment, du même endroit et on va tous chercher nos cartons au supermarché du coin alors que si on pouvait se les partager entre nous, ça pourrait être beaucoup plus simple ! On s’est donc dit qu’on allait créer un petit site communautaire pour régler ce problème. Et en poursuivant la discussion, on s’est rendu compte que le problème concernait aussi l’appartement que tu cherches et que tu laisses un an après, le co-voiturage pour ceux qui habitent en ville et qui veulent aller sur le campus, … C’est comme ça que nous avons eu l’idée de créer une plateforme qui mettait en relation les étudiants.

Jam

Loïc Delmaire : J’ai rencontré Marjolaine il y a 4 ans. Un de nos amis communs nous a mis en relation car elle cherchait un développeur pour la plateforme communautaire qui à l’époque s’appelait BlackBird. Je l’ai rencontrée la première fois via Skype car elle était en Afrique du Sud. On a échangé rapidement et tout de suite le courant est passé entre nous. On s’est retrouvés sur cette idée d’aider les étudiants et on s’est associés.

Jam

Marjolaine Grondin : Et puis, il y a aussi Anas Arifi qui a aussi rejoint le projet d’abord en tant que stagiaire. Il était étudiant dans une école de commerce en Master entreprenariat et il avait envie de lancer un projet pour aider les étudiants. Quelqu’un lui a parlé de moi et du projet que nous étions en train de lancer. Au culot, il m’a envoyé un message sur Facebook en m’expliquant qu’il montait un projet similaire et qu’il aimerait me rencontrer pour avoir mes feedbacks. Le soir même, après que l’on se soit rencontrés, il me dit que mon projet était bien avancé et qu’il adorerait faire un stage chez nous. Il a négocié avec son école pour ne pas être payé, sauf si un jour nous en avions les moyens à l’issue des six mois de stage. J’ai trouvé ça super entrepreunarial comme démarche et donc on l’a pris dans l’équipe. Et six mois après, il a été payé car nous avons fait notre première levée de fonds ! Maintenant, c’est notre product manager. A partir de ce moment là, on avait notre triptyque gagnant dont on entend souvent parler dans la Silicon Valley, le fameux triple H. Le Hustler ou CEO. Le Hacker ou le développeur. Et enfin le Hipster, celui qui sent le produit.

Jam
«A partir de ce moment là, on avait notre fameux triple H, dont on entend beaucoup parlé dans la Silicon Valley. Le Hustler ou CEO. Le Hacker ou le développeur. Et enfin le Hipster, celui qui sent le produit. »

Le pitch

Marjolaine Grondin : Jam aujourd’hui, c’est un service gratuit qui aide les étudiants à trouver tout ce dont ils ont besoin et envie grâce à une conversation SMS, Facebook Messenger, bientôt Twitter, What’s app, … C’est une conversation qui se fait avec une intelligence artificielle qui est supervisée et entraînée par des humains. On peut par exemple lui demander un appart près de son campus, un endroit où emmener sa date Tinder, une idée de cadeau pour sa maman, … En gros, Jam c’est comme un copain. J’aime le comparer à ton ami(e) avec qui tu discutes en terrasse. Au début, c’est une connaissance, un camarade de classe et au fur et à mesure, il va devenir un vrai pote.

Jam

Loïc Delmaire : Jam, c’est actuellement 30% d’intelligence artificielle pure, 50% d’un tandem assez original homme/machine et 20 % humain pur. Récemment, on a reçu une demande du type : « Jam, envoie moi un message enflammé pour faire croire à ma copine que j’ai une maîtresse ». La dessus, l’IA n’a aucune idée de réponse ! (rires). Dans ces cas là, c’est donc l’humain qui essaye d’être créatif pour donner une réponse. Ce qui est important à comprendre, c’est qu’à chaque input de l’humain, à chaque fois que l’humain fait une action sur le back office, l’IA apprend,  ce qui nous permet d’automatiser de plus en plus.

Jam
«En gros Jam c’est comme un copain. J’aime le comparer à ton ami(e) avec qui tu discutes en terrasse. Au début c’est une connaissance, un camarade de classe et au fur et à mesure il va devenir un vrai pote.»

Les coulisses de la Startup

Loïc Delmaire : Après avoir lancé notre première version de la plateforme communautaire, nous avons intégré la saison n°6 du Numa. A ce moment là, tout s’est accéléré. Nous avons reçu beaucoup de conseils grâce aux mentors, aux coachs, … Et assez vite, on s’est rendu compte au moment où on a voulu scaler, c’est à dire d’attaquer plusieurs campus d’un coup, que ça ne suivait pas en terme de croissance. En revanche, on voyait bien qu’on résolvait un problème parce que les étudiants étaient très heureux dès qu’ils trouvaient ce qu’ils cherchaient, sur notre plateforme. On avait des « wahou effects ». On comprenait bien qu’on répondait à une frustration mais le souci c’est que nous n’avions pas d’usage. On a donc du se remettre en question et remettre tout à plat. On a fait venir plein d’étudiants au Numa et à force d’échanger avec eux, de tester des prototypes à base de questions / réponses, de faire des sondages, …  on s’est dit que l’on pouvait faire la recherche pour eux directement ! Du coup, on leur a demandé de quoi ils avaient besoin. On prenait des notes et on les rappelait une fois que l’on avait tout trouvé. Pour nous, c’était super simple car on savait parfaitement où trouver tout ce type d’informations puisque ça faisait trois ans qu’on alimentait notre site communautaire de cette manière. Quand on les rappelait et qu’on leur expliquait qu’on avait tout trouvé, ils n’en revenaient pas ! On s’est donc lancé dans cette direction.
Le pivot vers le SMS s’est fait de manière assez simple. A l’origine, on s’était dit qu’on allait partir sur une application mobile car tout le monde faisait des applications mobiles et puis l’email était trop lourd à gérer car il y avait souvent 15 demandes dans le même mail et il n’y avait aucune instantanéité. Quand on a essayé le SMS, les gens ont adoré car ils avaient l’impression de parler à un pote.

Jam

Marjolaine Grondin : On a lancé le service, tel qu’il existe aujourd’hui, en avril 2015. On l’a lancé auprès d’une communauté d’étudiants que l’on connaissait déjà. En réalité, c’est la rentrée scolaire qui nous a vraiment lancé avec pas mal de presse. Aujourd’hui, on a quasiment 35 000 étudiants en sachant que les deux tiers d’entre eux ont déjà envoyé plus de 10 messages à Jam. C’est un marqueur fort car cela prouve que l’on réussit à créer un usage récurrent. On échange entre 4000 et 6000 messages par jour.
On a commencé à être un peu approchés par des fonds d’investissement. On en a rencontré quelques uns et on a eu un super fit avec Isai. En deux ou trois mois, on a levé un million d’euros. Chercher de l’argent ce n’est pas un exercice facile. Il y’a une phrase qui résume bien cela en anglais : « Ask for money and you get advice; ask for advice and you get money ». C’est un peu ce qu’on a fait de notre côté. On s’est rendu compte que quand on demandait des conseils on rentrait dans le coeur du sujet avec les gens, on se livrait plus et que l’on commençait presque à travailler avec eux. Quand ça se passe bien, ils peuvent te dire qu’ils ont envie de devenir un partenaire financier car après avoir donné leurs conseils, ils peuvent bénéficier du résultat positif.

Jam
«On comprenait bien qu’on répondait à une frustration mais le souci c’est que nous n’avions pas d’usage. On a donc du se remettre en question et remettre tout à plat.»

L’anecdote

Marjolaine Grondin : Aujourd’hui, je n’ai pas l’impression de faire de la Tech. J’ai l’impression de créer des solutions. D’ailleurs, du point de vue utilisateurs, Jam c’est du SMS ou du message Facebook. On n’est pas en train de leur expliquer que l’on veut faire décoller une fusée même si derrière il y a un back office avec du traitement automatique du langage, du machine learning, des algorithmes, des API qui tournent, … Finalement nous ce qui nous intéresse, c’est comment prendre toute cette intelligence technologique et la simplifier au maximum pour se concentrer sur le service. Nous n’avons pas d’interface, pas de design, … Ce qui compte c’est le service que l’on offre. Nos enjeux techniques, ce sont donc plus la rapidité du service, sa qualité et le ton de Jam.

Jam
«Aujourd’hui, je n’ai pas l’impression de faire de la tech. J’ai l’impression de créer des solutions.»

La team

Anas Arifi

Anas travaille à la conception et au perfectionnement des fonctionnalités de Jam. Diplômé d'un master en entrepreneuriat à l’ESCE, Il a développé son expertise UX Design, Product Management et Growth-Hacking à l’issue de ses études.

Marjolaine Grondin

Marjolaine a cofondé Jam alors qu'elle était encore étudiante, avec justement comme mission d'aider les étudiants dans leur quotidien : recherches d'appartements, de petits jobs, de stages ou de bons plans en tous genre. Né de sa propre frustration lors d'un séjour académique à l'Université de Berkeley en Californie, son projet s'affine de retour en France au sein d'un Master à HEC et Sciences Po.

Loïc Delmaire

Loïc , COO, 26 ans. Il s'occupe d'assurer la scalabilité de la supervision humaine. Ingénieur diplomé de l’ENSIIE et hacker dans l'âme, il aime les défis mélangeant l'humain et la technique.