Lalalab : leader en Europe, l’histoire de la startup qui imprime 130 000 photos par jour

Lalalab est la première application d’impression de photos en Europe.

Fondateurs :

Jeremy Charoy
Julien Faltot
Julien Philbert

Quelques chiffres :

130 000 photos imprimées par jour
Plus de 5 000 000 de téléchargements de l’application
10 millions d’euros de CA en 2015

Lalalab

2011 : Lego et TGV, rencontre des 3 fondateurs

Jeremy Charoy : Nous sommes 3 cofondateurs. L’un d’eux s’appelle Julien Faltot. C’est un ami d’enfance. On s’est connu à la maternelle. On jouait au Lego ensemble. On a toujours eu envie de créer une société. Nous avons rencontré notre troisième cofondateur dans un TGV. Il était en train de coder une application iPhone. C’était un des tous premiers à faire ça en France. À l’époque, c’était très rare ce qu’il faisait. Aujourd’hui, on parle startup un peu partout, mais à l’époque ce n’était pas vraiment comme ça. Nous, par exemple, quand on a commencé à entreprendre, on a lu le guide d’Olivier Ezratty. Il n’y avait rien d’autre. Donc, quand vous voyez quelqu’un qui est en train de coder dans un train, sur un écran noir, sur un Mac, ça vous interpelle.

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A cette époque, nous étions un peu des précurseurs : on prenait toutes nos photos sur iPhone. On n’utilisait plus nos appareils compacts. Un jour, j’avais pris des photos pour ma grand-mère pour son anniversaire. Je voulais lui en envoyer mais c’était malheureusement impossible. Il y avait une application américaine qui le faisait mais c’était compliqué, ça venait des USA et la carte bancaire ne passait pas. On s’est donc dit qu’il serait intéressant de développer un service ultra simple qui permettrait d’imprimer ses photos en quelques minutes.

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Julien Faltot : On s’est lancé dans l’entrepreneuriat avec l’envie de faire quelque chose d’un peu original de notre vie. J’avais un côté aventureux. J’avais envie de sortir des rails un peu classiques du boulot de salarié. On a cherché ce que l’on pouvait faire. C’est clair qu’à cette époque, le mobile c’est ce qui prenait le plus. On a donc réfléchi autour de ça. La photo c’est quelque chose qui existe depuis un peu plus d’un siècle. On en prenait beaucoup et on a eu envie de le remettre au goût du jour. Aujourd’hui, nous pouvons prendre des centaines de photos quand on veut, où on veut, grâce à nos smartphones. On avait envie de faire glisser ce petit transfert de mentalité à l’impression de photos.

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Jeremy Charoy : Je ne devrais peut-être par dire ça mais souvent aujourd’hui, quand on me demande si c’était à refaire, je réponds que je ne suis pas certain que je le referais. Aujourd’hui, c’est cool mais on a connu des moments super difficiles. Avec Julien, mon ami d’enfance, on avait déjà créé deux sociétés qui n’avaient pas marché. On a commencé à essayer d’entreprendre fin 2010. Quand on a lancé Lalalab, ça faisait déjà deux ans. C’était un peu l’ultime chance.

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« On a commencé à essayer d’entreprendre fin 2010. Quand on a lancé Lalalab, ça faisait déjà deux ans. C’était un peu l’ultime chance. »

2012 : Lancer Lalalab le plus vite possible !

Jeremy Charoy : Une fois que l’on a eu l’idée, on s’est lancé très vite. On a réfléchi dessus en mai / juin 2012. On est allé super vite. On a fonctionné en mode lean. Du coup, on a réussi à sortir notre appli en septembre 2012. Ce n’était vraiment pas parfait, les photos n’étaient pas terribles. J’avais fait le design et pourtant je ne suis pas designer (rires). On avait bricolé mais on avait pu sortir une première version pour avoir nos premiers clients et avoir donc nos premiers retours. A cette époque là, on avait 2 à 3 clients par jour. C’était peu. On travaillait à Paris. On allait en Vélib chez un labo, on lui donnait la clef USB, il imprimait les photos, on allait à la poste, on léchait les enveloppes et on envoyait tout comme ça. C’était encore très artisanal.

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Julien Faltot : Au début, on travaillait dans un grenier puis dans un espace de coworking à Paris. Et un jour, grâce aux premiers financements, on a pu prendre nos premiers bureaux à Nancy d’où nous sommes originaires. On a pris le MVP et on l’a coupé en deux voire en quatre pour avoir quelque chose qui tourne tout de suite, avoir des clients et avoir nos premiers feedbacks. Pour nos premières fonctionnalités, il était important que l’application permette de choisir les photos que l’on veut imprimer et de pouvoir les recevoir imprimées chez soi rapidement.

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Jeremy Charoy : Imprimer ses photos c’est très fort. Le papier c’est important car aujourd’hui, nous sommes dans une ère complétement digitale. La plupart des gens aujourd’hui, ne vivent plus qu’à travers le digital et nous, nous trouvions ça dommage. Imprimer ses photos, ça permet de toucher quelque chose. Il y avait un de nos investisseurs qui nous disait au début : « peu importe si la photo est pixélisée ou si elle n’est pas belle, il ne faut pas empêcher l’utilisateur de pouvoir l’imprimer parce qu’il y a une émotion à recevoir sa photo. » Recevoir la photo imprimée de ses dernières vacances, de son fils ou de son chien c’est toujours très fort. On est dans le souvenir. On le voit dans nos feedbacks. L’application est très bien notée sur Apple Store et Google Play (environ 4,9/5). Les gens adorent recevoir leurs photos.
Au fur et à mesure de l’année, le nombre de commandes par jour augmentait légérement. Même si ce n’était pas gros, on voyait qu’il y avait une appétence pour le produit. Nous fonctionnons toujours de la même manière depuis le début : on ne développe et code que ce que les utilisateurs nous demandent. C’est pour cette raison que nous avons voulu être live le plus tôt possible pour pouvoir collecter du feedback utilisateur.

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« On a pris le MVP et on l’a coupé en deux voire en quatre pour avoir quelque chose qui tourne tout de suite, avoir des clients et avoir nos premiers feedback. »

2013 : La rampe de lancement vente-privée

Jeremy Charoy : Je pense que le tournant de Lalalab, c’est quand, en 2013, nous avons fait une campagne avec vente-privée. À l’époque, ils mettaient en avant des applications. En une journée, nous avons eu plus de 15 000 téléchargements et 500 commandes. C’était énorme. Il a fallu gérer ça et ça n’a pas été de tout repos. C’est à partir de ce moment là, que nous avons du industrialiser le fonctionnement de Lalalab qui s’appelait Polagram à cette époque. Cette campagne c’était une vraie prise de risque car c’était un gros investissement pour nous. Si mes souvenirs sont bons, ça devait être aux alentours de 15 000 ou 20 000 euros. La première journée, c’était tout simplement fou ! Trente minutes après le lancement de l’offre, notre système de paiement a planté. Le problème était lié au fait qu’ils avaient mis un plafond de paiment à 1 000 euros par jour. A l’époque, il faut avoir à l’esprit que c’était les balbutiements du paiment sur mobile. C’était une boîte israelienne et on a essayé de l’appeler pour qu’ils modifient ça. Pendant ce temps là, on était tous devant nos écrans en train de regarder les chiffres exploser. C’était très stressant. Mais, heureusement, au bout d’une heure, on a réussi à les avoir et ils ont rectifié cela.

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Julien Faltot : Avant le premier évenement vente-privée, on était à 50 commandes maximum par jour. Là, on faisait un pic à 500 / 1000 commandes en une journée. Trois jours avant ça, on venait de se connecter à notre labo plus « industriel ». On a monté le système d’informations 48h à 72h avant, ce qui était vraiment très court ! On a quasiment fait le test de production directement avec les commandes liées à la campagne vente-privée. Comment réagir à une croissance aussi soudaine ? C’est pas simple. Le but, c’est de ne pas se prendre un coup d’effet ciseaux et finalement de ne pas pouvoir gérer. C’est vraiment là le boulot d’un entrepreneur : trouver des solutions au jour le jour, réussir à scaler au niveau des serveurs, des fournisseurs … Ce sont des choses qui devraient être faites en deux mois, mais quand on est une startup, on n’a que 48 heures. Alors si on doit rester jusqu’à 4h00 du matin, on le fait. Si on doit donner un coup de main pour tamponner les enveloppes, on est là.

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Jeremy Charoy : Au départ, quand on envoie 2 ou 3 commandes par jour, alors qu’avant on travaillait à des postes dans la finance où nous étions plutôt bien payés, c’est pas facile. Les choses prennent du temps à se mettre en place. C’est éprouvant. On prend des décisions mais l’impact n’est pas immédiat. Aujourd’hui, quand on change quelque chose sur la Home Page, ça peut générer des miliers d’euros de chiffre d’affaires. Mais ça n’a pas toujours été comme ça. Il y a beaucoup de moments où on a douté. Par exemple en 2013, on n’était pas loin de devoir arrêter. Je me souviens qu’on se disait parfois : « faut arrêter, ça ne marchera jamais ». Mais on a persévéré. On voyait aussi nos copains qui avaient fait le choix de garder leur poste et qui avaient de bons salaires, de vraies vacances, pas de stress le week end … Ça rajoutait un peu de difficulté car on se demandait si on avait fait le bon choix.

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« Ce sont des choses qui devraient être faites en deux mois, mais quand on est une startup, on n’a que 48 heures. »

2014 : viser l’international dès le début

Jeremy Charoy : Il n’y avait personne en Europe. Étrangement, les seuls concurrents, qu’il pouvait y avoir, étaient français ! Alors je ne sais pas qui a copié qui et peu importe, mais pour nous le marché était à prendre. Il y avait de grosses applis, les pures players, comme Photobox ou Cewe en Allemagne. Comme la plupart des concurrents s’attaquaient à la France, l’international nous a semblé super facile. A cette époque, en 2014, l’acquisition pour recruter de nouveaux utilisateurs, était très abordable. Il y avait en plus un effet viral.
Le marché de l’impression mobile est incroyablement grand. Quand on a commencé, il y avait 200 millions de smartphones dans le monde. Aujourd’hui, il y en a 2 milliards… Chaque jour, il y a 2 milliards de photos qui sont prises. C’est juste énorme. On vit certes dans le digital, mais ça reste très important de pouvoir toucher ses photos.

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« Quand on a commencé, il y avait 200 millions de smartphones dans le monde. Aujourd’hui, il y en a 2 milliards… »

2016 : Rachat par Exacompta, Clairfontaine

Julien Faltot : Lalalab c’est aujourd’hui entre 5 000 et 10 000 commandes par jour. Plus de 5 millions de téléchargements sur le Store. On vise un chiffre d’affaires compris entre 12 et 15 millions d’euros en 2016. L’année dernière, nous avons eu plusieurs offres de rachat. Nous les avons toutes étudiées avec beaucoup d’attention. Bien entendu, quand on parle de rachat, on a peur de perdre son autonomie. C’est quelque chose dont il a fallu parler dès le départ. Avec le groupe Clairefontaine, nous avons tout de suite été séduits. L’équipe nous plaisait. Leur vision nous plaisait. La marque nous plaisait. Eux voulaient que l’on reste aux commandes de la boîte. Ils ne voulaient pas s’occuper du management. On garde donc l’intégralité de l’exécutif et de l’opérationnel.

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Jeremy Charoy : Ce groupe est un des leaders du papier en France et en Europe. Ce sont de vrais spécialistes et quand ils nous ont parlé de leur envie de racheter notre startup, on a trouvé que c’était une très belle opportunité. Ils avaient racheté Photoweb qui est le numéro 2 de l’impression photos en France. Le but c’était vraiment d’avoir le maximum de synergies. Photoweb c’est un leader de la photo sur le web en France et nous sommes un leader de la photo sur mobile en Europe. Il y avait donc beaucoup de complémentarité dans cette association. Maintenant, si on avait été intégrés dans un grand groupe avec une hierarchie forte, ça aurait été très compliqué pour nous. Avec ce groupe, c’est tout l’inverse. On a nos propres bureaux, on est à la direction et on prend les initiatives. Le groupe fonctionne comme ça. Clairfontaine, Exacompta, c’est environ 10 ou 15 sociétés et chacune d’entre elles est indépendante.

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« Bien entendu, quand on parle de rachat, on a peur de perdre son autonomie. C’est quelque chose dont il a fallu parler dès le départ. »

La team

Jeremy Charoy

Diplômé de l’IESEG, il travaille 3 ans chez KMPG en Audit et en Fusion-Acquisition en tout aidant The Yacht Week à se lancer en France. Prenant plus de 3000 photos par an, il s’est dit que ce serait cool de les imprimer. Jeremy connait Julien Faltot depuis la maternelle et en jouant aux Lego ils parlaient déjà de créer une société ensemble.

Julien Faltot

Julien aime le gin, les animaux à poils, et la poésie de Charles Baudelaire. Diplomé d’école de commerce et CFA, il travaille à la bourse de Luxembourg, puis comme CTO à TheYachtWeek. Souhaitant toujours plus de challenge, il fonde LALALAB en 2012 avec Jeremy et Julien P.

Julien Philbert

Julien n’a plus trouvé le sommeil depuis l’ouverture de l’App Store. Diplômé d’Epitech et d’une spécialisation en UX, il met à profit sa passion pour le mobile en créant l’application d'impression photo LALALAB.