Sounds : l’appli de partage de musique qui a déjà séduit 5 millions d’utilisateurs

Sounds est une application iPhone et Android qui permet de découvrir des millions de morceaux et de partager vos chansons préférées sur Instagram et Snapchat.

Fondateurs :

Rhai Goburdhun
Matthieu de Canteloube

Le chiffre :

5 000 000 d’utilisateurs

Sounds

2006 : les prémices

Rhai Goburdhun : A cette époque, j’avais monté un média dédié à la culture urbaine : les baskets, le street art … Je passais 12 à 16 heures par jour à faire ça. J’avais pas mal de visites, un peu plus de 200 000 visiteurs uniques par mois. Le souci, c’est qu’à cette époque je n’avais aucune idée de comment monter une boîte. Financièrement, c’était une catastrophe. Je suis donc retourné à la fac pour me spécialiser et j’ai fait un master en finances. J’ai eu l’opportunité à ce moment là de travailler chez Nike pendant un an. L’objectif, c’était vraiment d’apprendre à travailler mais toujours avec cette envie forte de revenir et d’entreprendre.

Sounds
« Le souci, c’est qu’à cette époque je n’avais aucune idée de comment monter une boîte. Financièrement, c’était une catastrophe. »

Juillet 2012 – septembre 2013 : développement de Vimies

Rhai Goburdhun : On avait très envie de faire un réseau social autour de la vidéo. Mes parents habitent à la Réunion. A cette époque là, je n’avais aucun moyen de leur envoyer une vidéo qu’ils puissent consulter à partir de n’importe quel device : tablette, téléphone ou ordinateur. C’est une fonctionnalité qui est arrivée bien après sur Skype et Messenger, mais à l’époque ce n’était pas possible. A la même époque, il y avait les révolutions du « Printemps Arabe ». Toutes les vidéos venaient des téléphones portables. J’en étais donc arrivé à la conclusion qu’il y avait un véritable intérêt pour le partage de vidéos privés mais aussi pour le partage public en mode journalistique.

Sounds

A ce moment là, je recrute un premier associé que j’avais rencontré en master de finances à la Sorbonne. Il fallait également que je trouve quelqu’un qui soit très bon en code. J’ai donc recruté un dev que j’avais rencontré au lycée à la Réunion. Mais il n’y connaissait rien en back-end. Il m’a alors présenté Matthieu. Et pour finir, il y avait une cinquième personne qui s’occupait de la partie marketing. On a donc commencé à cinq comme ça, simplement en faisant des prêts étudiants. On a viré toutes les tables qu’il y avait dans mon salon et acheté des tables Ikea. Mon salon était devenu notre bureau. Ce n’était pas très facile car ils avaient tous les clefs de mon appartement donc niveau intimité avec ma copine, ce n’était pas la folie (rires).

Sounds

Matthieu de Canteloube : Je me souviens qu’on avait pris un café avec Rhai et l’ami qui nous avait présenté. Ils m’ont présenté Vimies et leur vision. Le courant est tout de suite passé. J’ai bien aimé l’équipe. J’ai bien aimé leur manière de raisonner. Je me suis dis que ça pouvait être une excellente opportunité de rentrer dans l’entrepreneuriat. J’ai pas réfléchi plus que ça. Je me suis dis que j’étais jeune et que je n’avais pas grand chose à perdre. Au pire ça aurait été une belle expérience. Au mieux, ça pouvait nous emmener très loin.
Quand on a commencé à travailler sur Vimies, on sortait tous, plus ou moins, d’école. Il y en avait même qui n’avaient pas encore fini leurs études. On avait absolument aucune expérience. On a débarqué avec nos intuitions. On est tous des utilisateurs d’applications. Mais on n’avait aucune expérience sur la façon de s’y prendre. Vimies, ça a été le projet où on a fait toutes les erreurs possibles et inimaginables. On a mis un an pour sortir notre application car on voulait quelque chose de parfait. Première erreur. On ne savait pas comment lever des fonds. On ne savait pas comment pitcher. On a vraiment tout appris grâce à ce premier projet.

Sounds

Rhai Goburdhun : On s’est enfermé pendant une année pour sortir cette appli. On pensait être rapides (rires). Et comme si cette erreur ne suffisait pas, on en a fait plein d’autres comme faire du marketing trop tôt, faire de la presse trop tôt. On travaille dessus de juillet 2012 à septembre 2013. Mais finalement pendant cette année, nous n’avons rien appris car on n’a pas sorti de version de l’application. On ne pouvait donc récupérer aucun retour client. Du coup, quand on sort la première version de l’application en septembre 2013, on a un pic de téléchargements puis ça retombe. Le pic, c’est parce qu’on en avait parlé à nos amis. Ils l’ont utilisée une ou deux fois. Ils nous disaient que c’était génial, mais finalement leur feedback n’avait pas vraiment de valeur et surtout il y avait aucune rétention. Ça a donc été une première désillusion de se rendre compte que les gens n’utilisaient pas notre appli. On s’est demandé ce qu’on avait fait pendant un an !

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« On a viré toutes les tables qu’il y avait dans mon salon et acheté des tables Ikea. Mon salon était devenu notre bureau. »

Décembre 2013 – février 2014 : nouvelle version de Vimies et naissance de Sounds

Rhai Goburdhun : Dès septembre 2013, il y avait déjà quelques investisseurs qui venaient nous voir et qui nous faisaient part de leur envie d’investir dans le projet. Fin 2013, je fais un partner meeting dans un fonds d’investissement à Paris. Je leur explique qu’on va tout casser et tout recommencer. Si ça marche mieux, je leur dis que je reviens les voir mais que si ça ne fonctionne pas, je ne vais pas leur faire perdre leur temps. De décembre 2013 à février 2014, on travaille sur une nouvelle version de l’application qui était toujours autour de la vidéo mais qui permettait facilement de rajouter de la musique sur sa vidéo. On sort ça en février 2014. On a un peu plus de traction parce que les gens trouvaient ça marrant de rajouter de la musique sur leur vidéo et de pouvoir le partager. Mais ce n’était pas encore la folie. Je retourne donc voir le fonds d’investissements qui me dit OK, je te donne la moitié mais va chercher l’autre moitié auprès de business angels. J’ai été pitcher ces business angels mais un peu à reculons car je n’étais pas convaincu par cette version de l’application. Malgré tout, les business angels lancent une due diligence.

Sounds

Pendant cette semaine de due diligence, avec un de mes développeurs, on travaille sur un petit projet connexe. J’avais remarqué que les gens utilisaient notre application pour rajouter de la musique sur la vidéo mais ils se moquaient de la vidéo. Ce qui comptait, c’était de pouvoir partager de la musique. Ils cachaient la caméra. Ça faisait une vidéo noire de 15 secondes mais avec de la musique en fond. Ils postaient ensuite sur Instagram. En cherchant à comprendre, je me suis rendu compté qu’il y avait des millions de personnes qui essayaient de partager de la musique sur Instagram. La seule possibilité donc c’était de partager une capture d’écran de Spotify ou Soundcloud. En effet, sur Instagram, il était possible de ne partager que de la photo ou de la vidéo. Je savais qu’avec notre techno on pouvait développer ça rapidement. On s’est donc dit que l’on allait permettre aux gens de partager de la musique sur Instagram.

Sounds

Techniquement, c’était des vidéos de 15 secondes avec une image unique qui était la pochette de l’album. Avec mon développeur, en 36 heures, on développe la première version de ce qui allait devenir Sounds. On le sort sur le Store immédiatement pour tester. En moins d’une semaine, on s’est retrouvé avec plus d’utilisateurs que pendant les deux premières années avec l’autre application. Mes autres fondateurs n’étaient même pas au courant. C’était vraiment un petit side project. Mais parfois quand tu es dos au mur, tu cherches des solutions, tu développes une énergie incroyable. J’avais une bonne intuition là dessus. On ne s’est pas pris la tête. Il n’y avait pas de back-end, pas de site web, pas de Twitter, pas de page Facebook. On a seulement mis l’application sur le Store et j’allais parler à la main à chaque utilisateur qui essayait de partager de la musique sur Instagram en leur disant : « arrête de galérer, il y a maintenant une application qui te permet de faire ça et elle s’appelle Sounds. »

Sounds

Matthieu de Canteloube : Au début, on était assez prudents avec ces chiffres là. On s’est vite rendu compte qu’il n’y avait pas de commune mesure en terme de viralité. Psychologiquement, ça a eu un impact assez fort sur nous. Ça impliquait de devoir jeter à la poubelle deux années de travail. Au final, heureusement que l’on a fait ça car aujourd’hui Sounds marche très fort. Je pense que c’est important de ne pas rester accroché à une idée préconçue ou simplement parce que c’est l’idée de départ. Il faut faire cet effort de se remettre en question pour pouvoir pivoter sur d’autres projets.
Ce pivot, on l’a fait en plein milieu de notre levée de fonds. Au début, on s’inquiétait car on pensait que ça poserait un problème. Finalement, on s’est rendu compte que nos investisseurs étaient motivés pour nous suivre sur ce projet là car ils croyaient en notre équipe. Au moment où Sounds a vraiment commencé, on a pu se lancer avec un financement de 600 000 €. Ça nous a permis de tenir plus d’un an, de prendre des bureaux, de commencer à se payer. Ca faisait deux ans qu’on ne se rémunérait pas. On a pu également recruter des développeurs. On a recruté notre premier employé à la fin 2014. C’était un développeur Android. C’était super intéressant car ça nous permettait de pouvoir toucher d’autres utilisateurs. On a doublé notre croissance.

Sounds

On a un advisor qui nous suit très régulièrement : Alexei Chemanda. C’est un ancien Alumni de Y Combinator, le plus gros accélérateur de startups du monde. Il nous aide beaucoup. C’est très informel. On discute avec lui sur Slack. A chaque fois que l’on a une question, que ce soit au niveau de la société, pour une levée de fonds … il nous apporte des conseils précieux. On fait également des points avec lui tous les mois par Skype.

Sounds
« En moins d’une semaine, on s’est retrouvé avec plus d’utilisateurs que pendant les deux premières années avec l’autre application. Mes autres fondateurs n’étaient même pas au courant. C’était vraiment un petit side project. »

Décollage et ambition de Sounds

Rhai Goburdhun : Sounds, c’est le moyen le plus simple de partager ta musique préférée avec tes amis. C’est déjà 5 000 000 d’utilisateurs à travers le monde, principalement aux Etats-Unis et en Asie. La France ne représente que 2% car on n’a jamais fait de marketing. J’aime bien répéter qu’il n’y a que nos utilisateurs qui connaissent Sounds. L’application n’a jamais été mise en avant sur le store, on ne fait pas de presse, pas de marketing payant … C’est de la pure croissance organique. 25% de croissance par mois depuis le début. C’est déjà plus de 100 000 euros de revenus récurrents par mois en moins de six mois.

Sounds

Le but avec Sounds, c’est de devenir ce que MySpace aurait dû être sur mobile, à savoir ton identité musicale. Aujourd’hui, il y a d’un côté les applications de musique comme Spotify ou Apple Music qu’on utilise pour écouter de la musique, faire des playlists … Et de l’autre côté, il y a les plateformes sociales comme Snapchat et Instagram, où se passe la conversation autour de la musique. Notre but, c’est de faire une même application qui réunie les deux : écouter de la musique et la partager avec ses amis. On utilise Snapchat et Instagram comme canaux d’acquisition pour amener les utilisateurs sur Sounds. On ramène la conversation autour de la musique au sein de Sounds.
What’s app et Messenger on attaqué par l’angle de la communication pour créer leur plateforme. Instagram et Snapchat ont attaqué par l’image, photos et vidéos. Nous on attaque par la musique. Ensuite, on s’étendra sur le messenging, la photo et la vidéo pour devenir un réseau social à part entière qui sera ton identité sur mobile.

Sounds
« L’application n’a jamais été mise en avant sur le store, on ne fait pas de presse, pas de marketing payant … C’est de la pure croissance organique. 25% de croissance par mois depuis le début.. »

La team

Rhai Goburdhun

Diplômé d'un Master en Innovation et Management des Nouvelles Technologies de La Sorbonne, Rhai commence professionnellement dans le web dès 2007 en éditant un magazine en ligne sur les cultures urbaines. Après un passage au siège Nike Europe, il revient à Paris pour fonder Sounds en tant que CEO et designer.

Matthieu de Canteloube

Matthieu tombe amoureux de la programmation en 2003 lorsqu'il code son premier programme informatique sur sa calculatrice scientifique au collège. Il obtient son diplôme d'ingénieur à l'ESIEE en 2012 et se spécialise ensuite en programmation web. Il co-fonde Sounds dans la foulée où il s'occupe de la direction technique.