Weezevent : comment 2 amis ont déplacé des montagnes pour changer les règles de la billetterie en ligne

Weezevent, la solution de billetterie en ligne pour tous les organisateurs d’événements

Fondateurs :

Pierre-Henri Deballon
Sébastien Tonglet

Quelques chiffres :

100 millions d’euros de chiffre d’affaires
80 000 utilisateurs d’événements utilisent Weezevent
60 collaborateurs

Weezevent

2006 – 2007 : Lancement de Vélotour, berceau de Weezevent

Pierre-Henri Deballon : Sébastien, je l’ai rencontré à Dauphine. Nous étions étudiants en maîtrise d’économie de gestion du sport. On voulait être sportifs de haut niveau. On n’a pas réussi… On avait allié deux passions qui étaient l’économie et le sport. C’est là dessus que l’on s’est vraiment rapprochés. On avait le sport comme dénominateur commun. Et dans le sport, il y a cet esprit de compétition, de s’améliorer continuellement, de travailler en équipe, de perdre, de rebondir après un échec… Tout ce qu’on a appris dans le sport dans nos différentes compétitions, je pense qu’on l’a injecté dans ce projet d’entreprise que l’on a créé ensemble.

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Sébastien Tonglet : Très vite, on ressent la volonté de lancer un événement insolite et rigolo à vélo. On l’a appelé Vélotour. C’est vraiment autour de cet événement que l’on s’est investi pour la première fois tous les deux ensemble. On a lancé ça à Dijon parce que Pierre-Henri est originaire de cette ville. La première année on fait 3 000 personnes. C’est un événement pour lequel les inscriptions se font à 50% sur internet. C’est un peu l’aventure pour nous. On a designé un site en Flash à l’époque. Le principe, c’était de distribuer des flyers en proposant aux gens de découvrir leur ville à vélo. On leur donnait rendez-vous sur notre site ensuite pour qu’ils s’inscrivent. L’année suivante, en 2007, on fait 5 000 personnes dont 70% s’étaient inscrits en ligne.

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C’est à partir de ce moment là qu’a germé, dans nos têtes, l’idée de trouver des solutions abouties e-commerce pour gérer les inscriptions à un événement. Au même moment, il y a d’autres indicateurs qui viennent confirmer cette idée. D’autres organisateurs d’événements à Dijon viennent nous voir pour savoir si nous ne pourrions pas gérer pour eux les inscriptions en ligne à leur événement. Connaissant bien notre système, on savait que ce n’était pas possible car trop archaïque, mais on sentait qu’il y avait une demande de plus en plus forte à ce niveau là.

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Pierre-Henri Deballon : Lors de la première édition de Vélotour, nous étions allés voir les acteurs historiques pour pouvoir avoir une solution pour vendre des billets sur notre site. Deux problèmes majeurs. Le premier : la complexité et la lenteur de la démarche. Des tonnes de papiers à fournir pour que la solution soit installée un mois plus tard. Mais le plus grave, c’est que nous on voulait que la vente se fasse sur notre site alors que eux nous expliquaient que l’internaute venait sur notre site pour découvrir l’événement mais qu’il allait ensuite payer sur le site internet du fournisseur de la solution de paiement … Totalement incohérent pour nous. Finalement, avec toutes ces choses qui ne nous plaisaient pas, on s’est dit qu’on allait développer notre propre solution. Et on s’est dit que si on avait eu ce besoin, on ne devait pas être complètement cinglés et qu’il il devait y avoir d’autres organisateurs qui devaient avoir le même. C’est de cette manière qu’est né Weezevent.

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« Et on s’est dit que si on avait eu ce besoin, on ne devait pas être complètement cinglés et qu’il il devait y avoir d’autres organisateurs qui devaient avoir le même. »

2007 : Naissance de Weezevent

Sébastien Tonglet : Pierre-Henri démissionne début 2007 et commence à rédiger un premier cahier des charges. Moi je travaillais encore chez Orange. Pour organiser Vélotour on bossait en nocturne et les week-ends. Pendant les premiers mois, on a fait beaucoup de benchmark. On s’est rendu compte qu’il n’y avait pas de solution en France ni ailleurs, à part aux Etats-Unis où Eventbrite était en train de se lancer. Il y avait des solutions de distributions classiques, des solutions logicielles mais rien en SaaS.

 

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Justement, pendant cette période, aux alentours de mai/juin, je vais voir un ami qui fait un MBA à San Francisco et j’en profite pour visiter Mollyguards (ancien nom d’Eventbrite) en mode blogger. J’ai échangé un peu avec le CEO sur ce qu’ils faisaient. Donc pendant les six premiers mois de l’année, c’est une phase de construction de notre vision de Weezevent. On s’était fait un powerPoint, que l’on a toujours, et qui s’appelle la bible de Weezevent. C’est une sorte de pavé de 120 slides qui décrit toutes les fonctionnalités et tout ce que l’on veut proposer au travers de cet outil. C’était un document colossal et même 9 ans après, on a toujours pas fini ce qu’on avait prévu de faire (rires). Je décide de démissionner en juin.

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Pierre-Henri Deballon : Quand on a démissionné, on n’avait pas l’ambition de faire un leader mondial, un leader européen ou un leader français. On n’avait juste l’ambition de créer une société et d’aller le plus loin possible. La notion de compétition sportive que j’évoquais plus haut, on l’a retrouvé dans l’approche de cette aventure. On commençait. On n’était rien. Personne ne nous attendait. On n’avait pas d’argent, pas de réseau, pas de solution technique… On n’avait juste une chose fondamentale : un besoin clairement identifié !

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« On n’avait pas l’ambition de faire un leader mondial, un leader européen ou un leader français. On n’avait juste l’ambition de créer une société et d’aller le plus loin possible. »

2008 : Timide décollage et échec de la première levée de fonds

Pierre-Henri Deballon : Au bout d’un an, la société commence à décoller. C’était pas énorme mais il y avait un début de traction. Comme on était une startup, je me suis dit que si on voulait avancer vite, il fallait lever des fonds, ce qui est parfois une connerie entre nous… J’envoie un mail à toute la place, des plus gros fonds d’investissement aux business angels plus modestes en leur expliquant que nous avons une solution béton, un vrai marché et que nous avons besoin d’argent. J’envoie une trentaine de mails. On est reçu 2 ou 3 fois. Les rendez-vous se déroulaient tous de la même manière. Ils nous demandaient d’abord si on voulait projeter un document.

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On n’avait rien préparé… On répondait qu’on avait tout dans la tête. Je ne vous cache pas qu’ils étaient un peu surpris en face de ce genre de réponse (rires). Ensuite, ils nous demandaient la taille de notre marché. On répondait qu’elle était énorme car tout le monde faisait des événements que ce soit dans un cadre privé ou associatif. En gros, pour eux, on ne connaissait pas la taille de notre marché. Ensuite, ils nous demandaient combien on gagnait sur chaque billet vendu. Pour être franc, nous étions obsédés par l’idée de développer le meilleur produit. On était pas des acharnés des tableaux Excel et des business models. Pour résumer, on a coché toutes les mauvaises cases et on n’a pas réussi à lever de fonds. On était passionnés. On avait l’envie. Nous on voulait juste de l’argent en fait. On n’avait pas envie de passer du temps à leur expliquer car on était convaincus que ça allait fonctionner.

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Sébastien Tonglet : Dans cette période de gestation du projet, on est à bloc. On est dans un tunnel. On croit à fond à ce que l’on fait. Je pense que l’on a très peu de doutes. Les seules personnes qui pouvaient douter, notamment quand on remet notre démission, c’est celles de notre entourage qui se demandaient si on ne faisait pas une grosse erreur alors que nous avions de bons postes. On a 25 ans. On prend zéro risque. C’était tous notre premier job, on était à des salaires d’entrée post études… Si jamais le projet se plante, c’est un peu comme si on avait fait une année d’étude à l’étranger. On repartira sur autre chose : soit une autre idée, soit on repart dans une entreprise. Il n’y avait pas de risques financiers, pas d’enfants, pas un train de vie colossal … Le seul pacte entre nous, c’était de se dire que l’on devait être capable de se rémunérer entre 1 000 et 1 500 euros par mois d’entrée. Ce qui est sûr, c’est que rien ne pouvait nous arrêter.

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« Ce sont des choses qui devraient être faîtes en deux mois, mais quand on est une startup, on a que 48 heures. »

2010 : l’année où tout a failli s’arrêter, 2 fois

Pierre-Henri Deballon : Cette année là, l’activité commençait à prendre même si les résultats étaient encore timides. Mais, un événement a failli stopper l’aventure. L’ancien employeur de Sébastien débarque à ce moment là et lui propose 150 000 euros à l’année pour prendre la direction générale d’un comparateur d’assurances qu’il venait de racheter. Il avait besoin de sa réponse sous deux jours. Sébastien refuse. J’avais trouvé ça très courageux de sa part. C’est très rassurant d’avoir un associé qui croit aussi fort au projet. Il revient le lendemain et lui propose 170 000 euros. Sébastien refuse encore. A la fin on arrive à 200 000 euros plus 5% de la boîte. Donc un truc suffisamment conséquent pour que ce soit moi qui aille voir Sébastien pour lui dire qu’il ne pouvait pas refuser une offre comme ça. Je me sentais coupable de l’emmener dans l’aventure Weezevent qui était encore incertaine. J’avais peur qu’il soit déçu et qu’il regrette.

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Sébastien Tonglet : En plus à cette époque là, on est dans l’année la plus difficile de Weezevent. On ne sait même pas si on pourra continuer l’année d’après. Je me pose beaucoup de questions. Je me demande ce que je dois faire. Le truc est totalement irréel. C’est une très grosse somme d’argent. Je n’arrivais pas à savoir comment je pouvais refuser une proposition comme ça. A un moment, en discutant avec P-H, on arrive à une sorte de solution qui était de se dire que je prenais le job et qu’avec l’énorme salaire, je pourrais reverser une partie dans Weezevent pour financer le développement.

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Pierre-Henri Deballon : Au final, le projet s’est pris les pieds dans le tapis et ne s’est pas fait. C’est une autre personne qui a pris le poste. Mais ça s’est joué à rien ! Je me souviens qu’un jour, sous la douche, je me suis mis à pleurer comme un gamin car, si ça se faisait, c’était la fin de notre aventure. J’allais me retrouver seul. Je n’avais aucune certitude sur le fait qu’il revienne un jour. Ce sont des moments incroyables. Ça n’a pas de prix car ça remplit nos existences de passion.

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Sébastien Tonglet : Ça a été un moment vraiment très dur à vivre. Je me souviens d’un dîner, Porte de la Vilette dans un restaurant chinois avec P-H. On quitte ce dîner, je monte dans la voiture et je me dis : « c’est donc ça le scénario ? Les choses s’arrêtent comme ça ? » Je me souviens que je pleurais tout seul dans ma voiture. Ce qui me faisait le plus mal, c’est de lâcher l’aventure à ce moment là sans avoir pu l’emmener au bout. Même si dans notre scénario, je continuais l’aventure Weezevent à distance, je ne pouvais pas m’empêcher de penser que je lâchais la boîte à un moment où c’était important important d’échanger un maximum, à un moment où il fallait donner toute notre énergie.

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Pierre-Henri Deballon : En 2010, on cherchait à lever des fonds. Un jour, un de nos concurrents nous explique qu’il est intéressé pour investir chez nous. A l’époque, nous étions un peu naïfs. Pour nous, un fonds d’investissement ou un industriel, peu importe, on avait besoin d’argent. On avance dans le process. Ils nous font une proposition. Puis on se retrouve quasiment pour le dernier rendez-vous avec eux. On était prêts à signer. On était dans une logique de se dire que si on avait cet argent on pouvait continuer un an. Ils nous expliquent durant ce dernier rendez-vous qu’ils prennent une participation minoritaire mais qu’ils veulent avoir la possibilité de nous racheter nos actions sur un prix défini. En gros, ils nous coupaient l’herbe sous le pied.

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Le deal ne s’est pas fait car je suis sorti de mes gonds. Je leur ai expliqué que j’étais le plus mauvais salarié du monde alors qu’ils étaient en train de me proposer d’être salarié. Je voulais qu’il n’y ait aucune limite à notre développement. On ne s’était pas concerté avec Sébastien et il aurait pu penser que j’avais pété les plombs. Heureusement, nous étions exactement sur la même longueur d’ondes. Encore une fois, tout aurait pu s’arrêter encore à ce moment là.

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« Je me souviens qu’un jour, sous la douche, je me suis mis à pleurer comme un gamin car, si ça se faisait, c’était la fin de notre aventure. »

2012 – 2014 : une croissance folle

Pierre-Henri Deballon : Tout début 2012, on lève un million d’euros auprès d’A Plus finance. C’est un peu le début de l’accélération. Mais ce qui est fou, c’est que ce n’est pas la levée de fonds qui est le début de l’accélération, mais c’est tout le boulot qui a été fait en amont parce que pour lever des fonds, il faut que vous ayez cette traction. Finalement, le moment où on nous donne l’argent, c’est, je pense, le moment où on pouvait passer la vague seuls. C’est ça qui est rigolo car c’est parce qu’on peut passer la vague seuls qu’on nous donne de l’argent. Après, cet argent nous a donné une assurance, un confort. C’était difficile de sortir d’une gestion bon père de famille et de dépenser cet argent. En tout et pour tout, on a dépensé 200 000 euros sur ce million. Les investisseurs nous disaient qu’il fallait dépenser cet argent. On a eu beaucoup de mal à changer de braquet.

 

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A partir de ce moment là, on doublait de taille chaque année. En 2014, on remporte le fast 500 et là ça devient un peu démesuré. Tous les fonds qui nous avaient ignorés ou qu’on n’avait même pas contactés, nous appelaient parce qu’il avait l’impression qu’on était la future pépite. Comme on leur répondait que non, nous ne cherchions pas de fonds, ça les énervait et ils avaient encore plus envie d’investir. Il y a eu un énorme emballement médiatique. C’était un moment où c’était vraiment la marasme économique en France. Le gouvernement avait même tweeté sur Weezevent, société française qui gagne le Fast 500. Nous étions un peu morts de rire avec Sébastien. On n’est pas Uber. On a pas créé la boîte et levé 10 millions dès le début. On avait pas d’assistante, pas de directeur financier … On faisait tout nous même. On achetait nous même le papier, on répondait au standard… Il y a quelque chose de vertigineux.

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« Finalement, le moment où on nous donne l’argent, c’est, je pense, le moment où on pouvait passer la vague seuls. »

2015 : l’approche d’Eventbrite et l’entrée au capital de vente-privée

Sébastien Tonglet : Cette année là, le mastodonte américain de ce marché, Eventbrite, se rapproche de nous. Comme c’était une boîte étrangère, on missionne une banque d’affaires pour nous accompagner. Cette banque voulait solliciter d’autres acteurs pour vendre. Nous ne voulions pas au début. Et puis finalement, pris dans le jeu, on ouvre à d’autres acteurs. On était confronté à deux possibilités. La première c’était de devenir country manager France pour une boîte internationale.

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La seconde, c’était de devenir la solution Saas d’un groupe de ticketing français. Finalement Eventbrite se dégonfle. Je pense qu’ils voulaient surtout savoir qui on était mais qu’ils n’avaient pas vraiment l’intention de nous racheter. Ça nous a permis de nous rendre compte que ces deux scénarii n’étaient pas dans notre dynamique du moment. On a répondu à des sollicitations. On en avait pas très envie mais notre investisseur en avait très envie. Normal. La situation commençait à se crisper. Tout cela révélait qu’il nous fallait un nouvel actionnaire et sortir A Plus Finance. Il fallait trouver un actionnaire qui aurait la même vision que nous et qui nous permettrait de continuer notre histoire tel qu’on l’entend.

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Pierre-Henri Deballon : On a donc inversé le truc. On s’est dit qu’on allait aller voir qu’un seul acteur. On avait choisi vente-privée parce que c’est encore des entrepreneurs aux commandes. C’est pas la même chose quand vous discutez avec des gens qui, comme nous, ont commencé en mettant les mains dans le cambouis que quand vous discutez avec un financier qui, du jour au lendemain, vous déprogramme. Il y avait aussi une notion de cocorico car c’est une société française. Et enfin, c’était une boîte qui avait une image disruptive. Ils avaient révolutionné un secteur et nous, sur la billetterie, c’est ce qu’on a fait. Nous sommes allés les voir en leur expliquant que l’on voulait rester aux commandes, qu’on voulait développer ce projet et qu’on pensait que c’était le meilleur acteur pour nous accompagner. Tout s’est très vite enchaîné. On s’est tout de suite bien entendu et c’est comme ça que vente-privée est entré au capital de Weezevent.

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« C’est pas la même chose quand vous discutez avec des gens qui, comme nous, ont commencé en mettant les mains dans le cambouis que quand vous discutez avec un financier qui, du jour au lendemain, vous déprogramme. »

La team

Pierre-Henri Deballon

Pierre-Henri pilote principalement la stratégie, les finances, l'administratif et le marketing chez Weezevent. Précédemment, Pierre-Henri a fait du business-development et du conseil en stratégie.

Sebastien Tonglet

Sébastien casse les règles existantes et suit ses intuitions pour développer l'activité et le produit de Weezevent. Sébastien a construit ses premières expériences professionnelles dans les télécoms-médias, au sein de la régie publicitaire du groupe NRJ, puis dans la business unit TV d'Orange.